lundi 25 juillet 2016

[Avis en vrac] Vus et revus #23

Le Conformiste, de Bernardo Bertolucci (1970)

EN VIDÉO :


Lame de fond, de Ridley Scott (1996)

Revisionnage.

Dans la carrière de Ridley Scott, il y a des films boudés (Robin des Bois), mais aussi des films totalement oubliés comme Lame de fond, correspondant à sa traversée du désert préalable à la sortie, et au retour à la gloire, de Gladiator. Et pourtant c'est un bien joli film, certes simple et sans l'esbroufe habituelle, mais ancré dans les valeurs qui sont chères à son auteur. La quête spirituelle observée par les apprentis-marins déborde de vie. Comme à l'accoutumée avec Scott, c'est un film versant dans un ton hautement symbolique, autours des thèmes de la rédemption, la mise à l'épreuve par le destin et la recherche d'un monde nouveau pour se libérer de la société. Jeff Bridges est magnifié devant la caméra du réalisateur, qui saisit tout aussi bien l'espace organique d'un navire. La fameuse tempête éprouvée par L'Albatross déploie tout de même un dispositif de mise en scène encore impressionnant. C'est sans doute un film à redécouvrir, peut-être plus mineurs que d'autres, mais pourtant, tout est là, dans une simplicité des plus éloquentes, à l'image de la paisible et mélodieuse musique de Jeff Rona.


Vivre et laisser mourir, de Guy Hamilton (1973)

Revisionnage.

Et voilà, place à Roger Moore ! Vivre et laisser mourir marque l'entrée dans une période relativement lourdingue, transformant parfois l'espion britannique en parodie sortie d'un Blake Edwards. Néanmoins, il arrive à être intéressant dans la mesure où il est aussi le reflet de son temps, ici influencé par la Blaxsploitation, incluant alors James Bond dans un New York au climat plus réaliste. Ceci dit, le reste de l'aventure est beaucoup plus conventionnel malgré une adaptation signée Tom Mankiewicz. Hélas l'antagoniste campé par Yaphet Kotto n'est pas le plus convainquant que l'on ait vu, bien que l'on retienne habituellement sa légendaire mort, ringarde et grotesque à souhaits, mais dont il est difficile de bouder la certaine inventivité. On peut d'ailleurs étendre ce raisonnement à l'ensemble du film, dont on aura souvent eu tendance à retenir essentiellement le thème de Paul McCartney & The Wings, certes dynamique et prenant, mais bougrement hors-sujet. En revanche, il faut noter la très belle photographie de Ted Moore, contrastant avec une mise en scène d'un Guy Hamilton vieillissant, moins enclin à proposer du neuf.


A la Merveille, de Terrence Malick (2013)

Je regrettais d'avoir raté A la Merveille à sa sortie, bien que j'angoissais aussi à l'idée que la radicalisation de Malick finisse par me laisser sur le bas-côté. Fort heureusement, non, c'est un film que j'ai aimé, qui m'a touché. Je suis de plus en plus sensible à cette dimension qu'a Malick de reprendre ses thèmes obsessionnels en les transportant au sein de contextes différents, dont l'ensemble dresse un portrait d'Amérique unique. En se défaisant d'une structure classique, dans un chaos des plus élégants, il peut aller droit au but au travers de ses personnages et de leur évolution. Les sentiments défilent à une vitesse folle, à l'image de son montage qui s'est jusqu'alors accéléré de film en film. La vie échappe aux protagonistes, à la recherche d'une plénitude sentimentale qui ne fonctionne jamais vraiment. J'émets néanmoins une réserve sur la lourdeur d'un personnage, l'amie italienne de Marina, dont le simplet discours répété en boucle, bien que cohérent dans le fond, saborde quelque peu l'extrême fluidité qui marquait le film jusqu'à ce moment. Un détail devant ce que Terrence Malick propose dans un film qui est sûrement encore à redécouvrir, pour être sidéré, une fois de plus, par son pouvoir de création et de représentation d'univers, à l'image de cette transition entre la France et les États-Unis qui m'a laissé bouche bée.


Arsenic et vieilles dentelles, de Frank Capra (1944)

Encore une fois, on a pas le temps de respirer dans Arsenic et vieilles dentelles. Les situations impossibles s'entassent dans l'espace réduit à mesure que les excentriques protagonistes deviennent de plus en plus ingérable, avec au beau milieu ce Cary Grant dans le cabotinage le plus dynamique et incontrôlable qui soit, mais d'un délicieux qu'on ne peut dissimuler. Capra est tout de même un maître du rythme. Même lorsque le film tourne légèrement en rond, peut-être moins inventif ou osé que L'Incroyable monsieur Bébé, Capra arrive à maintenir un intérêt complet pour les multiples dénouements à venir de l'intrigue des frères Epstein. Voilà peut-être un modèle de théâtralisme qui ne prend pas le pas sur l'envergure et la réussite cinématographique, dont la savante facture garantit sans doute une modernité internissable.


Déjà Vu, de Tony Scott (2006)

Revisionnage.

On a trop souvent assimilé, à tort, Déjà Vu à un blockbuster crétin à cause de l'invraisemblance de son concept et de ses explications. Mais si l'on en fait fi, car ici, le concept sert l'intrigue et le fond, il se dessine un film de surveillance passionnant, venant compléter le génial Ennemi d’État. Le dispositif de surveillance devient ici ultime, libre d'axes et, dans une certaine mesure, libre du facteur temps : c'est l'observation à son paroxysme, ou presque. Elle n'est plus l'ennemi comme autrefois, mais un outil, tout de même inquiétant, pour lutter contre le terrorisme, lui-même généré par l'Amérique elle-même. Le fond politique du film est saisissant et bel et bien présent, jamais écrasé par le détonant et vertigineux film d'action qui le recouvre. En cela, Tony Scott aura toujours été brillant et plus surprenant qu'on ne veut le croire. Et si l'on fait encore fi de ceci, il n'en reste pas moins un diablement efficace thriller.


Man on Fire, de Tony Scott (2004)

Revisionnage.

J'estime, sans hésitations, que Man on Fire est le chef-d’œuvre définitif de son auteur. Non seulement, il se forge d'après le script inébranlable de Brian Helgeland, mais plus encore, évidemment, le film voit Tony Scott s’approprier un nouveau style, d'une modernité totale, à l'exemplaire réussite, qu'aucun ou presque n'aura su renouveler depuis. Depuis le postulat d'une sorte de série B se taille un film de mythologie et de rédemption, où le thriller burné vient une fois de plus côtoyer un élan politique plus raffiné. A plus d'une reprise, le film est vertigineux dans son écriture et forcément dans la mise en scène qui s'applique dessus, dans tout ce chaos contrôlé signifié par les excessifs et perturbants mouvements ou effets. C'est une expérience atmosphérique, parfois éprouvante, en phase avec ses personnages et leurs démons, mais toujours pensé selon une volonté de cinéma unique : être capable de faire un film d'action depuis le prisme du montage expérimental. Un film absolu à tous les niveaux, pour son réalisateur, pour son brillant compositeur Harry Gregson-Williams; et aussi, cela va sans dire, pour la muse de Tony Scott, le bon vieux Denzel Washington qui trouve ici aussi son meilleur rôle. Immense film du cinéma américain post-moderne.

A propos du documentaire Vengeance is Mine: Reinventing "Man on Fire" : c'est un peu dommage que le film de Charles de Lauzirika soit relativement incomplet. Alors qu'il revient sur la passionnante genèse du film, remake d'un film éponyme d’Élie Chouraqui et sur son éprouvant tournage, il omet complètement sa post-production, ce qui, pour un film avec un tel style, une telle ampleur de montage, paraît inconcevable. Cela dit, c'est l'occasion de découvrir à quoi correspond le style si emblématique de Tony Scott en pratique, dans une mécanique technique impressionnante qui correspond à la plus grande des exigences. Alors se distingue le grand génie derrière tout ceci : faire un film d'action modernissime dans tous ses effets, et pourtant tourné avec des caméras à manivelle.


The Hire : Beat the Devil, de Tony Scott (2002)

Matrice d'un nouveau style de Tony Scott, le colossal spot commercial The Hire : Beat the Devil est le reflet de l'énergie débordante du réalisateur. En transcendant les (non-)limites offertes par la publicité, il délivre un objet visuel étourdissant, où le film expérimental vient à l'emporter sur le film d'action. Le message publicitaire en lui-même devient caduque, manipulé par un grand auteur qui entend marquer par la création picturale en elle-même. Dix minutes de névrose se concluant dans une course-poursuite renversante à bien des niveaux. Et parce qu'un génie peut en cacher un autre, on aura noté l'ami David Fincher à l'écriture, dans l'ultime pan de sa période insolente.


Pearl Harbor, de Michael Bay (2001)

Revisionnage.

Après Il faut sauver le soldat Ryan, il fallait bien qu'Hollywood se mette aussi à jour dans ce retour à la mode du film de guerre. Le scénario de Pearl Harbor, signé Randall Wallace, qui récidivera plus tard avec Nous étions soldats, est une sorte de melting-pot héroïque combinant le film de Spielberg à une fresque grandiloquente façon Titanic. Évidemment, le résultat est à moitié indigeste, plus ou moins porté par un Michael Bay éprouvant bien peu d'intérêt, de son propre aveu, dans le films historique que lui a imposé Jerry Bruckheimer. Le résultat est évidemment un grand gloubi-boulga d'action sur fond de mélodrame exacerbé, à l'interprétation totalement à côté de la plaque et à l'écriture aux valeurs héroïques complètement désuètes. Le réel impact du film demeure l'envergure injectée par Michael Bay dans ses séquences d'action, notamment l'attaque, où le déploiement d'artifices en tous genre peut éventuellement faire son effet. Après, va-t-on pardonner un scénario si simplet pour autant, au fond politique et moral légèrement puant ? Plus simplement, pour l'attaque en elle-même, autant revoir Tora ! Tora ! Tora ! (dont Michael Bay, sans surprise, s'est beaucoup inspiré) et pour le mélo, Tant qu'il y aura des hommes.


Dans la vallée d'Elah, de Paul Haggis (2007)

Entre le métaphorique diptyque Iwo Jima sur lequel Paul Haggis aura officié en scénariste, et Dans la vallée d'Elah, il faut croire qu'il aura rondement mené un tour du trauma américain faisant suite aux destructeurs conflits en Irak et en Afghanistan. Avec un certain recul, ce film m'évoque finalement American Sniper de Clint Eastwood, des films où d'immuables et idéalistes valeurs américaines rencontrent amèrement le spectre du regret, de la mort et des doutes du lendemain. Et jusque dans la forme, d'ailleurs, puisque la sublime mais très sobre photographie de Roger Deakins vient croiser les teintes tout aussi tristes et grisaillantes de Tom Stern. Bien que l'on puisse reprocher au film un défaut de subtilité, il est d'un rentre-dedans nécessaire, et il ne pouvait sans doute en être autrement, c'est aussi sa manière d'être réussi, d'être bouleversant, à l'image du dernier plan. Sans surprise, il offre à Tommy Lee Jones un grand rôle dramatique dans un touchant duo avec Susan Sarandon, et plus encore à une Charlize Theron d'une rare finesse, à la simplicité exemplaire. Un vrai et sincère cri de détresse, en somme.


Black Rain, de Ridley Scott (1989)

Revisionnage.

Classique mais solide thriller d'action, Black Rain est avant tout un écho plus hollywoodien à Blade Runner. Renouant avec le style néo-noir, il permet à Ridley Scott de visiter l'Asie tant fantasmée dans sa précédente dystopie. C'est encore un film très graphique, à l'image constamment embrumée, crépusculaire ou nocturne, remarquablement photographiée par le talentueux Jan de Bont. A travers un scénario qui explore simplement une histoire de flics contre yakuzas, se tisse également toute l'obsession autour de la corruption, la perte culturelle ou l'emprunte américaine sur le sol japonais ; la signification du titre est sans équivoque à ce sujet-là. La patte de Ridley Scott demeure sans pareil, alors qu'il signe d'ailleurs sa première collaboration avec Hans Zimmer, qui avait à l'époque un sacré panache dans ses plutôt kitch mais épiques compositions.


Wallace & Gromit : Sacré Pétrin, de Nick Park (2008)

Très certainement déçu puisqu'il s'agit là du métrage le plus décevant des aventures d'un des plus beaux duos britanniques. Sacré Pétrin reprend l'esprit et le dynamisme du Mystère du Lapin-Garou, mais perd quelque chose en route, peut-être la maturité voire même une certaine sobriété, les effets s'accumulant. Alors certes, c'est sévère, puisque la patte est toujours là, ce côté un peu innocent, désuet, finalement touchant, ainsi des gags bien trouvés sont toujours capables de faire rire, mais peut-être est-ce plus par nostalgie qu'autre chose, en repensant aux anciens films, tous fabuleux. Une prolongation éventuellement agréable mais finalement dispensable, à l'instar d'une autre production Aardman comme Les Pirates, ce qui aurait pu témoigner d'un certain freinage au sein du studio, s'il ne nous avait pas gratifié du très drôle, plus réussi et plus mature Shaun le Mouton.


Tomboy, de Céline Sciamma (2011)

Je suis assez déçu de Tomboy. Céline Sciamma réalise un film qui n'a pas nécessairement la maturité ou la force de Bande de filles. Bien que détenant un sujet passionnant, il semble qu'elle n'en fait jamais rien, trop focalisée sur sa jeune interprète principale, remarquable il faut bien le dire. Mais ça ne fait pas tout. L'écriture a ses beaux moments de justesse mais paraît bien trop inachevée ou trop peu subtile à certains endroits, notamment dans son dernier tiers. C'est à l'image de la réalisation, parfois solaire et très épurée, d'autres fois d'un sinistre plan-plan qui ne rime pas à grand chose et donne cette vilaine impression de film de la Fémis, renforcée par la catastrophique direction d'acteur des seconds rôles (surtout des parents). Je suis donc un peu dubitatif face au film, bien intentionné, sûrement plein de qualités dans ses détails, mais qui me laisse à moitié sur le carreau, comme s'il passait partiellement à côté de son sujet ; à la fois plein de vie et plein de vide.


La Beauté du Diable, de René Clair (1950)

Quelle immense déception ! Je m'attendais à quelque chose de la trempe de La Main du Diable de Tourneur, produit un peu plus tôt, à l'époque de la Continentale. Je trouve en fin de compte que La Beauté du Diable a de sérieux problème de scénario, d'une part confus, d'autre part sans attache émotionnelle. Peut-être est-ce parce que Gérard Philipe a peu de répondant face à Michel Simon, mais principalement parce que l'exercice global du film paraît plutôt vain. C'est un petit conte moral, peu déplaisant et éventuellement élégamment tourné par René Clair, mais jamais parcouru par un trait de génie qui vient sublimer le fantastique et sa morale. Et bien que je n'aime pas l'emploi du mot, je me vois obligé de dire que ce tout finit par faire un brin vieillot, manquant de modernité ou même d'une verve classique plus efficace, que l'on a retrouvé pourtant ailleurs chez René Clair. Dommage.


Under Fire, de Roger Spottiswoode (1983)

Film épique et politique qui aurait pu être l'oeuvre de John Milius, Under Fire est un grand exemple-type de la production américaine des années 80 qui serait plus difficilement envisageable de nos jours. Abordant frontalement l'implication américaine et l'éthique journalistique dans la dictature du Nicaragua, il en extirpe un superbe film d'aventure, si l'on peut le qualifier ainsi. Avant tout, il faut noter le fabuleux casting constitué par Nick Nolte et son charisme chavirant, Gene Hackman et la présence inquiétante et magnétique de Jean-Louis Trintignant. Ils rendent le film incroyablement prenant, d'autant plus portés par la très soignée réalisation de Roger Spottiswoode, dynamique et finement pensé, lui-même autrefois monteur chez Sam Peckinpah. Ses efforts se voient conjugués à ceux de Jerry Goldsmith, qui signe peut-être une de ses plus grandes musiques, aux envolées mélodramatiques à la fois exotiques et modernes.


48 heures, de Walter Hill (1982)

Signant un buddy-movie qui ne va pas chercher loin, mais qui, à sa manière, préfigure évidemment un autre duo plus tardif du cinéma d'action hollywoodien, Walter Hill fait de 48 heures un manuel d'efficacité. Pas le temps de se poser la moindre question dans le dynamisme incroyable du film et l'alchimie entre Nick Nolte et Eddie Murphy, compensant largement le classicisme de la trame qui n'est qu'un prétexte à une action bien sentie et quelques punchlines comme on aime. Il faut absolument saluer la splendide photographie de Ric Waite, s'alignant sur le talent de Walter Hill dans sa captation des environnements urbains, comme il le fait notamment depuis The Driver. Bref, un divertissement d'une facture certaine, quand bien même il n'est pas mémorable, confirmant un talent qui semble s'être depuis relativement évanoui, hélas, du réalisateur.


Le Conformiste, de Bernardo Bertolucci (1970)

Gloire à la stylisation selon le cinéma italien ! Avec Le Conformiste, Bertolucci s'aligne sur le canon des thrillers politiques d'une riche décennie. A travers le parcours meurtrier d'un sympathisant fasciste se cherchant, il dissèque la société dans une épopée visuelle hors-norme, jonglant entre les fantastiques, grandioses mais froides lignes droites de la culture mussolinienne et la chaleur du bon-vivre bourgeois des années 30. La photographie de Vittorio Storaro propose parmi la gamme de teintes la plus belle aperçu dans le cinéma couleur, alors que Bertolucci se ré-invente à chaque mouvement de caméra, à la tortuosité parfois impressionnante. Mais le virtuose talent de ces compositeurs d'image n'est pas vain, décrivant le chaotique système de ses personnages et leur perdition en son sein. Un brillant exemple du ton très acerbe des Italiens dès qu'il est question de critique sociétale et humaine, servie par un total sens de la cinématographie. Une vraie expérience de fond et de forme(s).


Vampire, vous avez dit Vampire ?, de Tom Holland (1985)

A vrai dire, j'attendais davantage de Vampire, vous avez dit Vampire, non pas parce que c'est un film "culte", mais parce qu'il a tout les atouts pour être génial, son postulat, son ton décalé qui ne refuse pas pour autant un traitement de film de genre, et une décennie qui se prête à ce genre d'excentricité. Malheureusement, c'est un film qui ne décolle jamais vraiment, prisonnier du capital-sympathique qu'il offre au départ mais peu capable de le transcender. Tourné efficacement mais sans grand génie, il peine peut-être à rivaliser la tête haute face aux autres œuvres fantastiques des années 80. Le relatif second degré fait mouche et donne au film de la personnalité, sans toutefois aller au bout des choses, tout étant bien trop convenu, jusqu'à la dimension érotique en elle-même. Peut-être était-ce un tort d'attendre quelque chose se rapprochant du grandiose Loup-garou de Londres de John Landis... !


Revenge, de Tony Scott (1990)

Revisionnage - Director's Cut.

On se sera peu souvenu du très bon Revenge dans la filmographie de Tony Scott, encastré entre ses succès populaires des années 80 et 90, et plus tard oublié au profit du dernier pan de sa carrière, plus marquant visuellement. Pourtant, malgré des problèmes de production (qui ont donc conduit au remontage en director's cut), il y a un film remarquablement bien écrit dans sa perception d'une affaire de vengeance personnelle. Les archétypes du genre sont détournés au profit d'un récit plus original, où le discutable héros est significativement responsable du problème. Le film assume jusqu'au bout son audace, dans un final qui n'aura été que très peu ré-itéré depuis dans le cinéma hollywoodien, et c'est peut-être aussi pour cela que le film a trouvé son échec commercial. Tony Scott perçoit son récit comme un néo-western crépusculaire, parfois capable d'être anti-spectaculaire comme certains l'étaient dans les années 70. Le duo d'antagonistes formé par Kevin Costner et Antony Quinn est percutant de charisme. En résumé, une oeuvre injustement oubliée de plus.


Jamais de la vie, de Pierre Jolivet (2015)

Sorti dans l'indifférence générale, Jamais de la vie est pourtant une très belle réponse au moribondisme qui gagne à la fois le cinéma français de genre comme celui social (pensée pour La Loi du marché). Filmant à mi-chemin entre les Dardenne et Michael Mann, Jolivet décrit avec justesse la perversité de l'ennui et l'isolement humain. Évidemment, il peut compter sur le fabuleux Olivier Gourmet pour complètement habiter son film, au beau personnage si simple, dans lequel on s'est tous projeté, volontairement ou non, quelque soit la condition sociale. Dans ce triste mais vrai portrait de vie moderne, l'élément perturbateur est quasiment source d'un salut et la tension que fait grandir Jolivet écrase l'ennui. La fluidité avec laquelle le réalisateur capte son histoire est presque exemplaire, sans exagération pour en rajouter, si ce n'est quelques maladresses dans l'utilisation de la musique. Un ombre bien légère qui n'obscurcit pas la très jolie réussite du film, qu'il est bon de mettre en avant et d'inciter à la découverte.


Sierra Torride, de Don Siegel (1970)

Revisionnage.

Deuxième collaboration entre Don Siegel et Clint Eastwood, et pourtant on croirait ce dernier comme un poisson dans l'eau depuis bien des années avec son réalisateur fétiche. Sierra Torride est une géniale forme de réponse du réalisateur à la nouvelle vague de westerns, autant ceux du Nouvel Hollywood que ceux du club Sergio Leone. Au ton comique assumé, qui n'aura décidément jamais totalement quitté le réalisateur, Siegel réalise surtout un western sacrément bien ficelé, rentre-dedans et généreux. L'acte final du film, la fusillade dans le fort, se permet de revisiter La Horde sauvage de Sam Peckinpah, sorti un an plus tôt, détonante (c'est le mot) façon pour Siegel de clamer aux petits nouveaux que lui aussi est encore dans le coup. Quant au reste, c'est une affaire de personnalités génial : Shirley MacLaine et son attachante vulgarité, Clint Eastwood et sa ténébreuse attitude dont on ne se remettra jamais, et la musique d'Ennio Morricone, clou du spectacle d'un fabuleux spectacle de Don Siegel, trop souvent en retrait par rapport à ses films suivants.



L'Homme au pistolet d'or, de Guy Hamilton (1974)

Revisionnage.

Débuts de plus en plus difficile pour la période Roger Moore. Si j'avais déjà vu Vivre et laisser mourir à la baisse lors de mon revisionnage, il faut que je le fasse encore davantage significativement pour L'Homme au pistolet d'or. L'intrigue, bien que très faible, a pourtant de quoi proposer à James Bond une sympathique aventure face à la némésis parfaite que représente Christopher Lee. Hélas, son personnage peu charismatique (un comble !) gâche bien des enjeux, et le duel avec 007 devient sans âme. Fort heureusement, on retrouve notre ami le shérif raciste, embarqué dans une cascade impressionnante, il faut bien l'avouer (bien dommage qu'un bruitage grotesque vienne s'y adjoindre). Le plus amusant reste finalement le décor du paquebot Elizabeth renversé dans la baie de Hong Kong, faisant la joie du chef décorateur, et finalement lieu le plus dépaysant et original du film le plus faible, jusqu'alors, de la franchise.


Domino, de Tony Scott (2005)

Revisionnage.

Pour Tony Scott, Domino était probablement une manière d'aller au bout du chemin emprunté quelques années plus tôt lors de sa radicalisation stylistique. Car ici, pour être radical, Tony l'est complètement. En bien comme en mal, c'est un film étourdissant, où le concept de mise en scène de son auteur (sur-découpage, nombreux mouvements et montage expérimental) est poussé au maximum. L'exagération formelle est notamment permise par la solide base qu'offre le scénario de série B (sans que ce soit péjoratif) de Richard Kelly, même s'il est nécessaire de déplorer au sein de cette écriture bien vue un récit encadrant très alourdissant. Mais le film n'en reste pas moins un juste milieu entre l'exercice de style absolu et un film personnel pour Tony Scott qui reste fidèle à ses valeurs, disséquant une fois de plus les déviances morales de l'Amérique contemporaine. Mais il aime aussi ses beaux personnages déviants et leur offre alors ce film, en forme de singularité plus jamais aperçue depuis dans le cinéma hollywoodien.


Sergent York, de Howard Hawks (1941)

Un bel exemple du cinéma de propagande dans ce qu'il a de plus noble et de plus achevé cinématographiquement. Ceci dit, c'est aussi un exemple terrifiant de la sordide répétition de l'histoire : l'engagement américain dans la Première Guerre Mondiale permet d'être un exemple pour celui de la Seconde. Rien ne change jamais, et surtout pas la guerre. Derrière la valeur défendue par le film, il y a aussi une solide dramaturgie. Ici, ça n'est justement pas qu'un film-prétexte : des personnages sont installés, des enjeux personnels creusés et rien n'est jamais expédié. On retrouve alors ce bout d'Americana que vient capter la caméra de Hawks, à la lisière du western, plongée dans une modernité qui lui fait justement perdre cet innocent qualificatif. On joue évidemment sur l'idéal que représente Gary Cooper, ici malmené dans une première partie avec ce personnage de pitoyable alcoolique, renouant plus tard avec la sagesse, du moins avec les valeurs plus traditionnelles défendue par l'Amérique protestante. Mais la finalité de cette évolution est plus intéressante : Hawks ne célèbre pas nécessairement le héros de guerre ou la machine à tuer incarnée par Gary Cooper. Ça n'est alors que l'histoire d'un simple américain appelé à faire son devoir, mais finalement résolu à rentrer chez lui, renouer avec l'idéal paradisiaque du "chez-soi". L'ombre de Chris Kyle n'est après tout jamais bien loin.

Fiche Cinelounge


L'Espion qui m'aimait, de Lewis Gilbert (1977)

Revisionnage.

Devant L'Espion qui m'aimait, il faut croire qu'Albert R. Broccoli et Harry Saltzman se sont enfin dit qu'il fallait absolument rectifier la trajectoire des aventures de l'espion britannique. Car non seulement le film est le meilleur de la période Roger Moore, mais plus encore, c'est un des James Bond les plus géniaux ! L'humour lourdingue devient plus nuancé, utilisé avec parcimonie, et la part belle est désormais faite au scénario, tout en prenant soin de complètement moderniser l'ensemble de la franchise. Exit John Barry (mais comme Bond, il reviendra !), place au percutant et électronique Marvin Hamlish, qui fait résonner dans "Bond '77" une des musiques les plus prenantes possible. Bien que l'écriture ne laisse pas de répit, les enjeux sont davantage installés et évidemment il faut saluer la présence du fabuleux Cürd Jurgens qui permet de magnifier et réellement façonner l'antagoniste, le premier réussi depuis trois films. Enfin, il faut reconnaître que le film est un délice visuel, précisément photographié par Claude Renoir (avec, paraît-il, une collaboration un peu secrète de Kubrick), et créant dans la séquences des pyramides un grand moment qui convoque presque Hitchcock. Bref, une immense réussite que je ne me lasse jamais de revoir. Sans parler de la chanson à la fois douce et puissante Carly Simons...


Scott Pilgrim, d'Edgar Wright (2010)

Je pense que tous les réalisateurs très visuels ont des films de la sorte de Scott Pilgrim, des métrages totalement en roue libre. Ce qui n'est pas toujours une critique, d'ailleurs, surtout dans le cas d'Edgar Wright qui en profite pour imposer un déluge d'idées. Car son film, c'est à peu près ceci, trois idées par plan qui viennent constamment s'entrechoquer, quelque part entre le virtuose et la limite du trop. Cela contraste peut-être un peu trop avec la simplicité de la trame, certes assumée comme tel, mais somme toute trop répétitive alors que les enjeux deviennent un peu rébarbatif. Néanmoins, le rythme survitaminé de Wright propulse son film du début à la fin, prenant peut-être un peu trop la forme d'un géant exercice de style, mais à la singularité colorée qu'il est difficile de platement ignorer. Et ça n'est pas tous les jours que je suis client de culture geek au cinéma.


La Bible, de John Huston (1966)

En voilà tout un programme ! L'étape au-dessus du péplum biblique est donc l'adaptation biblique en elle-même, mais pas celle des récits antiques, celle du commencement. D'une certaine manière c'est un peu difficile de situer La Bible selon John Huston, trop pompeux et lent pour être une fresque d'aventure, finalement juste une adaptation relativement simple des premiers chapitres. C'est en fait le prétexte à un film au vaste visuel, embrassant autant les immenses paysages vierges de la Genèse que les imposants constructions plus tardives des hommes. Sans que l'on cerne nécessairement l'intérêt du film, les premiers segments arrivent à être passionnants comme regard sur comment Hollywood s'approprie et perçoit le mythe biblique. Il faut même avouer que tout l'acte autour du déluge et de Noé (interprété par John Huston, d'ailleurs) est extrêmement réussi, pour le coup autant en terme d'enjeux dramatiques que sur le plan graphique, très pictural. Le troisième grand acte autour d'Abraham est plus laborieux et révèle les limites du projet : moins visuel, l'intérêt s'évapore rapidement et le sens de la dramaturgie est très absent, plaquant platement à l'écran les divers épisodes de la famille du patriarche, malgré les enjeux normalement énorme sur le plan moral que ceci devrait illustrer. En fin de compte, c'est une curiosité à découvrir pour quiconque se demande le résultat d'une combinaison de la Genèse de l'Ancien Testament, un gros casting, un gros budget et le grandiloquent ton d'une coproduction italo-américaine.


Évasion, de Mikael Håfström (2013)

Avec son pitch à dormir debout mettant en scène un "testeur de prisons", Évasion aurait pu ceci dit tout à fait être une série B des plus sympathiques et efficace, réunissant son vieillissant duo de gros bras. Hélas, c'est surtout une production un peu bête qui n'a pas grand chose à proposer et peine à mettre en scène un film carcéral correct. Les situations sont tellement surréalistes qu'il est difficile de prendre au sérieux le film, lui-même trop dénué de second degré pour être interprété autrement. D'ailleurs on se rend bien compte que si l'on ôte quelques artifices invraisemblables, le scénario est complètement dysfonctionnel et mal construit. Et si dans la série B, la simplicité est le maître-mot comme clef vers l'efficacité, ici rien n'est appliqué et par conséquent, rien ne fonctionne ou presque. C'est à peine divertissant, ceci dit le gentil faiseur qu'est Mikael Håfström fait en sorte que ce ne soit pas trop ennuyant.


Stargate, la porte des étoiles, de Roland Emmerich (1994)

Revisionnage.

Si aujourd’hui Roland Emmerich passe pour un de mes plaisirs coupables de chevet (en plus du réellement - et surpassement - intéressant Anonymous), il s'imposait autrefois avec Stargate comme un metteur en scène capable d'être le pilier d'une nouvelle vague de science-fiction. Du concept génial tiré avec Dean Devlin, il parvient à extraire un fabuleux film d'aventures spatiales, convoquant aussi bien Spielberg que David Lean. Le mélange entre science-fiction et mythologie Antique recèle des merveilles, et ouvre les portes vers un univers réellement novateur. Il est impératif de noter l'incroyable travail de production design que l'on doit notamment à Patrick Tatopoulos, participant grandement à la réussite formelle et cette impression de nouveauté dans le paysage difficilement mutable, car très codifié, du genre. Davild Arnold apporte quant à lui la mémorable partition indispensable (ou presque) à toute grande œuvre du genre, permettant à Emmerich de signer un blockbuster exemplaire qu'il n'aura hélas jamais renouvelé par la suite. Néanmoins, je demeure curieux à propos du reboot.


Moonraker, de Lewis Gilbert (1979)

Revisionnage.

Au cas-où vous ne l'auriez pas remarqué... Star Wars est passé par-là. C'est tellement bête à dire et pourtant Eon Productions tartine Moonwalker de ce nouvel esprit de science-fiction, qui bien entendu contribue à rendre le film imbuvable en plus de l'avoir fait rentrer au panthéon des scènes cosmiques les plus absurdes. C'est peut-être dommage car une partie du film est plutôt réussie, comme en témoigne cette sauvage (mais trop courte) traque canine en pleine forêt. Lewis Gilbert n'est vraiment pas un mauvais metteur en scène, mais il se retrouve avec un scénario dont il est résolument difficile de se dépêtrer. Michael Lonsdale, qui aurait pu être un antagoniste à la froideur ultra-charismatique, trame un plan si grotesque qu'il contribue à ne plus prendre au sérieux le film. Ceci dit, l'ensemble demeure moins pénible et orienté nanar, malgré le final, que dans mes souvenirs. Le navet n'est cependant jamais bien loin, d'où l'importance de la nuance.


Le Hobbit : La Bataille des cinq armées, de Peter Jackson (2013)

Revisionnage, version longue.

La version longue de La Désolation de Smaug avait contribué, bien que légèrement, à me faire ré-évaluer positivement un film imparfait, trahissant les éventuelles faiblesses de cette nouvelle saga, pourtant absentes du premier volet. La Bataille des cinq armées avait été pénible à suivre au cinéma, puisque sans qu'il s'agisse d'un film résolument mauvais, la déception de voir ce Peter Jackson en roue libre était terrible (et les coulisses de la production sont édifiantes à ce sujet). Dans ce cas-ci, le nouveau montage ne change pas que cela la donne. Ce qui faisait défaut à la sortie cinéma, à savoir toute la dimension humaine (ou semi-humaine, c'est selon !) et morale de l'aventure, sacrifiée au profit d'un divertissement d'action, ne ré-intègre pas pour autant sa place malgré quelques séquences toujours appréciables. Alors que la bataille est rallongée, le film ne raconte rien de plus et fait toujours office de conclusion bâclée pour ce qui aurait dû être une belle trilogie d'auteur. La grande réussite demeure toujours cette introduction autour de l'attaque de Smaug, qui, paradoxalement, aurait certainement dû être plutôt la conclusion du précédent volet. Un échec qui n'est pas intégral, mais encore et toujours frustrant.


Rien que pour vos yeux, de John Glen (1981)

Revisionnage.

Nouveau cap franchi avec les années 80, mais toujours une incapacité à réellement faire évoluer les épisodes de James Bond. Rien que pour vos yeux est une fois de plus très mineur. L'intrigue mêle mollement des éléments désormais très (trop) classiques, ici un système d'attaque dérobé par un quelconque vilain sans grand intérêt. L'essentiel du film, c'est peut-être le charme de Carole Bouquet et sa longue chevelure, bien que le personnage en lui-même soit sans intérêt. Personne ne porte le film, ni Roger Moore se désintéressant de l'entreprise, ni Julian Glover. Les îles grecques constituent éventuellement un paradis des plus agréables au sein de la saga, mais c'est bien peu pour donner au film un réel intérêt, outre qu'il soit estampillé 007. A noter la musique de Bill Conti, remarquablement pénible.


Six destins, de Julien Duvivier (1942)

Les films à historiettes sont souvent des productions hétérogènes d'un segment à l'autre, mais résolument charmantes par le casting qu'elles attirent éventuellement autour de leur concept. C'est le cas de Six destins, permettant à Duvivier de convoquer une très belle brochette autour de la transmission d'un habit. Le prétexte est un peu vague et comme prévu, tous les actes ne se valent pas, mais il permet d'offrir quelques scènes de grâce complètement inattendues, comme une déclaration d'amour d'Henry Fonda envers Ginger Rogers, totalement à tomber à la renverse. Ailleurs, c'est le toujours fabuleux Edward G. Robinson qui vole la vedette dans une touchante saynète sociale. Peut-être pas majeur dans la filmographie de Duvivier, mais un détour hollywoodien des plus agréables, une ode à de beaux acteurs et actrices derrières de jolies histoires.


Les Tribulations d'un chinois en Chine, de Philippe de Broca (1965)

Tac tac badaboum, c'est reparti dans tous les sens. Belmondo par-ci, Belmondo par-là, Les Tribulations d'un chinois en Chine a tout de l'archétype de la comédie d'aventure, celle qui fait voyager. Et vraiment voyager, d'ailleurs, puisque c'est là qu'on se rend compte, toujours un peu plus, du savant talent de mise en scène de De Broca, et sa grande capacité à sublimer les paysages exotiques que, vraisemblablement, il affectionne tant. Le duo Belmondo / Rochefort est forcément des plus délicieux, inévitablement grâce au le génie comique calme et décontracté de la plus belle moustache de France. L'ennui est banni de cette odyssée improbable, au rythme constant et aux trouvailles toujours plus délirantes. Un cinéma sans limites qui fait drôlement plaisir.


Le Cerveau, de Gérard Oury (1969)

Revisionnage.

Alors certes, justement, ça n'est pas aussi brillant ou constant que les films de Philippe de Broca. Mais après tout, Gérard Oury n'est pas non plus le dernier des manches, et s'il a souvent fauté, il demeure malgré tout un réalisateur de comédie honnête et plutôt solide. Le Cerveau, c'est surtout un scénario assez fin et prenant qui permet d'impliquer un certain nombre de personnages hauts en couleurs : c'est là toute la richesse du film, sur laquelle le casting fait bien entendu écho. C'est un brin n'importe quoi du début à la fin, à l'image du - littéralement - tordant générique, mais c'est aussi la preuve de l'inventivité de l'époque. Un n'importe quoi attachant, parce qu'après tout personne de sensé ne se priverait d'un quatuor Bourvil - Bebel - Niven - Wallach. D'autant plus aujourd'hui, quand ces gens-là nous manquent.


Esther et le Roi, de Raoul Walsh (1960)

Un péplum complètement raté et un Raoul Walsh catastrophique ! Esther et le Roi est un bon exemple de tout ce qui est susceptible d'échouer coproduction italo-américaine (face à d'autre, beaucoup plus réussies, comme Le Cid de Mann). L'écriture, pompeuse et vaine, s'étale sur une histoire relativement faible en elle-même, aux personnages unilatéraux et sans grand intérêt. L'interprétation est incroyablement mauvaise, entre les acteurs italiens post-synchronisés qui surjouent, et les acteurs américains de seconde zone. Presque rien à sauver, en fait, si ce n'est les quelques fulgurances visuelles colorées au sein de la photographie d'un certain Mario Bava, au milieu d'un film formellement assez pauvre et bon marché dans sa reconstitution. La mise en scène est paresseuse, mais on sent bien volontiers Walsh (alors vieillissant) peu intéressé par son sujet, et pas complètement à l'aise, comme d'autres de sa génération, avec le cinémascope. A découvrir si l'on est curieux à propos des erreurs de parcours des grands réalisateurs.


Légitime Violence, de John Flynn (1977)

Dès le départ, Légitime Violence est un film qui dégage une ambiance relative de malaise. Le retour au pays de ce vétéran, ex-prisonnier de guerre des vietcongs, donne encore l'opportunité d'un portrait au vitriol de la société américaine. Il y a d'autant plus quelque chose d'inquiétant dans le faciès bien buriné de William Devane, patriote fier recélant un psychopathe au bord du gouffre. L'intrigue devient finalement très simple, puisqu'histoire de vengeance, comme Echec à l'organisation, aussi de John Flynn, mais ici en encore bien plus réussi. Le fond de cette histoire malaisante domine tout le métrage, jusqu'au dernier photogramme. La relation entre Devane et le personnage de Tommy Lee Jones est presque étouffante, en fin de compte. C'est sans doute là où le film est réellement brillant, car il est capable d'en dire le moins possible, d'en montrer le moins possible, et être quand même un grand film d'Amérique, un vrai film de trauma, un vrai drame social, un vrai film de genre.

Dangereusement vôtre, de John Glen (1985)

Revisionnage.

Ouf ! Enfin le dernier virage pour Roger Moore. Par chance, Dangereusement vôtre n'est pas le plus mauvais de ses opus et est une clôture fatiguée, mais honnête. C'est un vrai 007 classique à tous les niveaux, finalement plus proche de la construction de ceux de l'ère de Sean Connery. L'intrigue ne va pas chercher forcément loin, mais permet à James un passage en France qui n'est forcément pas de refus, et un antagoniste classieux, même si l'on a connu Christopher Walken plus inspiré. La vraie star, en fin de compte, c'est vraiment Grace Jones, au personnage résolument magnifique à tous les niveaux. Sans surprise, le gros point fort demeure la musique : non seulement l'introduction punchy de Duran Duran, mais aussi les compositions de John Barry, dont le thème romantique est un des morceaux les plus brillants de sa carrière.


Tuer n'est pas jouer, de John Glen (1987)

Revisionnage.

Je mentionne souvent les films dit "programmatiques", mais ici, avec Tuer n'est pas jouer, il est question d'un parfait exemple au sein de la saga 007. Évidemment, le diptyque avec Timothy Dalton préfigure largement tout ce qui fera le succès plus tardif de l'ère Craig, à savoir non seulement un héros plus perturbé et perturbant, mais aussi une stylistique de film d'action qui éloigne le grotesque au profit d'éléments dramatiques plus importants. Elle est finalement là, la réelle évolution : enfin, les personnages secondaires, outre l'antagoniste principal, prennent de l'épaisseur. Quelques sursauts parfois peu subtiles trahissent éventuellement les racines du personnage, mais qu'importe, c'est tout de même étonnant de se dire que c'est le même John Glen qui est aux manettes de celui-ci. Un miracle n'arrive donc jamais seul, puisqu'en sus, John Barry parvient encore à refaçonner le mythe musical bondien, preuve d'un génie qui a toujours été constant au sein d'une franchise certainement plus hétérogène. Le temps est donc venu d'estimer à sa juste valeur l'apport non-négligeable et avant-gardiste de Timothy Dalton à ce bon vieux James.


Les Mondes de Ralph, de Rich Moore (2012)

L'intention de ce film m'échappe totalement : un délire nostalgique autour du jeu vidéo des années 80, perçu depuis le prisme de la jeunesse des années 2010, se transformant ultimement en grotesque adaptation d'un univers façon Candy Crush. On dirait que Les Mondes de Ralph a été conçu et écrit par des gens complètement étrangers à l'univers qu'ils abordent, limités au clichés transgénérationnels des jeux vidéo (les personnages cultes de diverses franchises). En réalité, ce pourrait ne pas être un problème si le récit emmenait quelque part, mais hélas c'est un film qui tourne à vide puisqu'il a trop choisi de se reposer sur un concept, ce même concept qui s'évapore après l'introduction, jusqu'à même parfois nous faire oublier que nous sommes dans un monde vidéoludique. Les personnages sont hélas peu intéressants puisqu'ils représentent seulement les archétypes nécessaire pour faire rouler la mécanique d'un scénario trop balisé, typique du manque d'audace du studio dans ses productions d'animation. Les péripéties sont invraisemblablement inintéressantes (la course de voitures, comme point d'orgue de l'aventure, est d'une pauvreté de mise en scène notable) et l'humour fait rarement mouche. Derrière ses allures de correct divertissement se cache un film totalement consternant !


mardi 10 mai 2016

[Avis en vrac] Vus et revus #22


AU CINÉMA - ACTUALITÉS

Le blog a été bien peu actif depuis le début de l'année et j'en suis bien désolé. Pour compenser, ci-dessous, un retour sur les sorties vues ces derniers mois... !

Homeland : Iraq année zéro, d'Abbas Fahdel (2015)


Les 8 Salopards, de Quentin Tarantino (2015)

Passé Boulevard de la Mort, j'avais eu du mal à savoir si j'étais encore en phase ou non avec le cinéma de Quentin Tarantino. Ceci dit, si avec Django Unchained je trouvais déjà une forme de réconciliation des plus plaisantes dans un western mature et remarquablement intelligent, il faut dire que ça n'est presque rien face à la réussite intégrale que constitue à mes yeux Les 8 Salopards. C'est bien simple, je le place dans mon panthéon de l'auteur aux côtés de Jackie Brown. Tarantino marque décidément une évolution décisive dans son cinéma, se radicalisant au passage. Il met un terme à la caractéristique anecdotique qui marque souvent son écriture et remplit de la sorte les trois heures de son film d'une incroyable profondeur. En faisant disserter à sa manière ces huit salopards sur ce qu'est l'Amérique, autant cette néo-guerre civile que celle contemporaine, il tient son film peut-être le plus subtil. Et pourtant, l'exercice de style brillant auquel se prête Tarantino, dans cette utilisation de format en huis-clos, n'occulte jamais tout l'enjeu politique du film. Lui plus que quiconque avait compris que The Thing, dont il s'inspire évidemment, n'était pas qu'une histoire de forme brillante et de suspens. Arrivé à maturation complète, Tarantino défie désormais ouvertement les piliers du cinéma qu'il aime prétendre combattre. Mais la réflexion derrière n'en est pas moins géniale lorsqu'il s'amuse autour d'un cérémoniel lincolnien qui n'aurait pas été étranger à John Ford ou Steven Spielberg, savamment détourné ici. Bien que l'on puisse encore considérer Tarantino comme une anomalie dans le paysage mainstream hollywoodien, force est de reconnaître que le trublion d'autrefois a laissé la place a un cinéaste d'autant plus réfléchi. Et puis, Ennio Morricone, c'est un petit peu comme un cadeau, alors merci.


Homeland, Irak Année Zéro, d'Abbas Fahdel (2016)

“L’heure est au bilan”, se martèle-t-on naïvement dans le crâne au cinquième, dixième ou douzième sordide anniversaire de la guerre en Irak. Celui d’Abbas Fahdel semble quasiment antidaté et c’est peut-être le plus effrayant. Homeland : Irak année zéro est l’histoire d’une boucle infernale dont la responsabilité se porte désormais à échelle mondiale, la fresque gigantesque, ne pouvant en être autrement, d’une tragédie généralisée de l’ère contemporaine.

Critique à lire sur Filmosphere :


Les Délices de Tokyo, de Naomi Kawase (2015)

Si le précédent film de Naomi Kawase, Still the Water, avait été pour moi une expérience difficile, celui-ci gagne très certainement mon cœur. Moins radical, plus simple, Les Délices de Tokyo y gagne énormément. De manière triviale, le premier point d'accroche avec le film est évidemment autour de son thème principal, autour de la nourriture. Ceci dit, il est important de comprendre à quel point le film est incroyablement réussi de ce point de vue là. Il faudrait pouvoir créer une liste de films qui donnent faim. C'est sans doute là un grand talent de metteur en scène, et forcément, Naomi Kawase, très sensorielle dans sa démarche visuelle, le capte avec une merveille sans pareil. Dans le mélodrame que cuisine (!) en parallèle le film, dans ce Tokyo aéré et solaire, loin de celui dont on a l'image, Kawase poursuit également sa réflexion sur la culture, ses enjeux, son évolution et sa perte potentielle. Par ses formidables personnage, elle fait naître une émotion naturelle, qu'elle n'a jamais besoin de renforcer. Dans cet optimisme débordant de vie, malgré la tristesse, il y aurait presque un parallèle à faire avec le récent Mia Madre. C'est un très beau film qui scelle ma réconciliation avec son auteur, après, bien entendu, que je me sois empiffré plein de dorayakis...


Midnight Special, de Jeff Nichols (2016)

Peu de doutes désormais autour de Jeff Nichols : il s'agit bien d'un grand auteur américain en devenir. Héritier des cinéastes de l'Americana, parcourant le spectre de Spielberg à Malick, il est en quelques sortes un salut vis-à-vis de la production actuelle. Et Midnight Special est en quelques sortes à cette image. Réponse aux films de super-héros, il détourne le genre pour se recentrer sur l'essentiel : ses personnages, l'enjeu intime, celui de la cellule familiale. Mais ça n'est pas qu'une réflexion sur la déification de l'enfant car il y mêle l'inconnu. Un monde autre qui perturbe le nôtre, dont évidemment le jeune héros est leur enfant, aux pouvoirs aussi effrayants que fascinants. Mais si la perspective d'un ailleurs inconnu est terrorisante pour les uns, elle est la source de la curiosité de Jeff Nichols. C'est un cinéma où l'on veut croire. Comme il fallait croire Michael Shannon dans Take Shelter. Mais pour croire, il faut sans doute aller voir, aller découvrir, aller comprendre. C'est aussi un film de fuite du système, dans cette échappée sauvage au sein du territoire américain, comme celle de fugitifs. En fin de compte, on comprend que tous les regards expriment les nuances du cinéma de Jeff Nichols : le protecteur Michael Shannon, le loyal Joel Edgerton, la tendre Kirsten Dunst et le curieux Adam Driver, qui, lui aussi, veut voir pour croire. Ne dérogeant pas à la règle, c'est un vrai film d'Amérique, avec ses mythes fantastiques comme ses démons du quotidien, avec ses âmes bienveillantes comme ses fous de Dieu.


The Assassin, de Hou Hsiao-Hsien (2015)

Je suis très sensible aux auteurs qui parviennent à détourner ce que l'on codifie habituellement de "genre" pour proposer une singularité qui, paradoxalement, fait aussi du bien au dit genre. The Assassin, c'est évidemment la passion de la langueur, celle qui sublime le récit, celle qui créé véritablement une histoire marquante. Même si le film de Hou Hsiao-Hsien contient de somptueux personnages, dont évidemment la protagoniste principale, il s'effacent devant l'ambiance qui est instaurée. Ce sont presque des spectres qui parcourent les séquences, cachés derrière les minces draps à travers lesquels le réalisateur les filme. La violence, elle aussi, s'efface. Lorsqu'un combat s'engage, un mouvement d'appareil vient se focaliser sur autre chose. Jamais ça n'est frustrant, pourtant, car c'est sur l'essentiel que l'on se recentre, sur l'intime du récit, étant nécessairement beaucoup plus l'âme du métrage que des combats virtuoses. En fin de compte, il s'agit quasiment de l'un de ces films qui se vit comme une "expérience" ; c'est une rêverie orientale qui transporte loin des canons auxquels nous sommes habitués, pour notre plus grand bonheur. Un fantasme pictural certainement sans pareil.


Steve Jobs, de Danny Boyle (2015)

Qui aurait cru que je m'enticherais de la sorte avec un film de Danny Boyle ? Si je concède au réalisateur britannique comme seul réussite l'excellent 28 jours plus tard, son style formel ravageur a fini par m'agacer. Cependant, la collaboration avec Aaron Sorkin pour Steve Jobs en extirpe le meilleur. C'est un film relativement impressionnant à bien des égards, notamment tout son premier tiers qui flirte constamment avec chef-d’œuvre. Quelque part anti-biopic, loin des canons de narrations assez conventionnels du genre, le scénario de Sorkin s'amuse à décortiquer sa vision de Jobs : une fraude. L'Amérique fabrique ses génies sur du vent. Les joutes orales, notamment avec Steve Wozniak, délicieusement interprété par Seth Rogen, sont fabuleuses. Ce qui est d'autant plus formidable, c'est que Michael Fassbender ne capte pas toute l'attention, les personnages autour de lui existent et c'est le plus important, car ils façonnent à la fois les problèmes moraux que soulève le film, et plus simplement encore, l'enjeu familial autour de Jobs. Il faut enfin noter le superbe travail photographie d'Alwin Küchler, évolutif selon les périodes, et bien évidemment la musique de Daniel Pemberton, qui bien que parfois sur-utilisée par Danny Boyle, est un remarquable morceau musical moderne et classique. Bref, une grande surprise, et tant mieux.


13 Hours, de Michael Bay (2016)

Dans le tumulte géopolitique actuel, il fallait bien que le plus dissonant et maladif des auteurs hollywoodiens apporte son grain de sel. D’un certain point de vue, 13 Hours pourrait être une pierre importante au sein de l’édifice qu’est le film de guerre selon le cinéma post-moderne. Toutes les vitesses, toutes les influences et tous les débordements de Michael Bay s’y recoupent. Comme lui aura été à l’image d’un nouveau cinéma transfiguré par une culture de l’image désinhibée, son film de guerre n’est aussi que le reflet de son propre monde : chaotique, violent, extrême.

Critique à lire sur Filmosphere :
http://www.filmosphere.com/movies/13-hours-michael-bay-2016


Everybody Want Some !!, de Richard Linklater (2016)

Figure discrète mais bienveillante dans le paysage du cinéma américain contemporain, Richard Linklater est toujours prêt à nous enchanter. Everybody Want Some!! est évidemment un regard autobiographique et nostalgique, mais plus encore, une belle approche de l'Amérique tout comme l'était aussi Boyhood. Derrière un teen-movie drôle et dynamique, Linklater trace, non sans profondeur, tout un pan générationnel. C'est un film profondément simple, sans intrigue particulière, mais c'est certainement ce qui fait sa vie et sa force, nous communiquant l'engouement de ses protagonistes. Qu'on se le dise : le casting est une merveille. Le film accumule de nombreux personnages et pourtant tous, par leur écriture et par leurs acteurs, existent. A certains égards, c'est une vraie prouesse. Y répond, sans grande surprise, une bande-son fabuleuse qui sacralise encore davantage cette épopée de jeunesse, regardée à la fois avec tendresse et un brin de gentille moquerie, une formule qui fait souvent mouche.


Saint Amour, de Gustav Kervern et Benoît Délépine

Le cinéma de Kervern et Délépine peut s'assimiler à un bon produit de terroir, bien gras, pas forcément d'un immense raffinement, mais avant tout quelque chose de bon, simple, délicieux. Saint Amour, c'est un peu tout ceci. Depuis qu'ils ont confié à Gérard Depardieu l'un de ses plus beaux rôles contemporains (avec Valley of Love) dans Mammuth, je ne pouvais être qu'enthousiaste face à ce nouveau film. En fin de compte, c'est un film qui fait du bien, sincèrement. Sans artifices, direct, il ne surprend pas nécessairement mais apporte une fraîcheur dans ce début d'année cinématographique 2016 qui n'est absolument pas négligeable. On en ressort apaisé, parce que cette balade champêtre nous aura donné à voir de belles choses, du beau Depardieu, les moments absurdes du couple de réalisateurs comme on les aime (le passage chez Houellebecq !), et enfin cet amour innocent et simple de la culture plouc, moquée avec une tendresse infinie. Et comme à l'accoutumée chez les metteurs en scène, il y a aussi ce sentiment d'être un peu paumé, on ne sait pas nécessairement où le film nous emmène, mais après tout, il peut tout aussi bien nous guider paisiblement. En sortant, on a simplement envie de s'enfiler un petit coup de rouge pour décanter tout ceci. Si ça n'est pas beau ?


The End, de Guillaume Nicloux (2016)

Guillaume Nicloux poursuit son nouvel et très bel élan de carrière dans The End, à la fois suite et contraire du très beau Valley of Love. Sans signifier que le terme soit réducteur, c'est encore un très beau film-concept, à savoir ici Gérard Depardieu égaré dans la forêt. C'est une recette un peu magique puisqu'évidement, le film n'existerait pas avec un autre acteur, mais qu'importe. Cette virée quasi-fantastique, littéralement cauchemardesque en fin de compte, est l'occasion de renouer encore le lien entre un simple drame et un film de genre, un survival un brin mystique. Nicloux a un superbe sens du cadre, et la photographie de Christophe Offenstein, tout en simplicité, taille brillamment l'étendue des espaces sylvestres dans lesquels Gégé, formidable, tourne en rond. En fond sonore, l'inquiétante musique d'Eric Demarsan ajoute encore davantage à l'ambiance cet esprit un peu à part, parfois plus proche de sons que d'une mélodie. Le concept s'effile peut-être un peu dans le dernier tiers, qui fait sens dans le fond mais pas amené avec la plus grande des subtilités. C'est là où peut-être on peut regretter la beauté inachevée de son précédent métrage. Il n'en reste pas moins ici un très joli tout petit film à découvrir.


Les Saisons, de Jacques Perrin et Jacques Cluzaud (2016)

Si j'aime les documentaires portés sur la nature et l'écologie, c'est notamment grâce à leur envergure formelle. Ceci dit, c'est une arme à double-tranchant et si je suis éventuellement stupéfait par certaines images de Home, le moralisateur et vain ton du film est relativement agaçant. Fort heureusement, l'ami Jacques Perrin, épaulé par son compagnon Cluzaud vise quelque chose de plus subtil. Les Saisons, comme ses autres documentaires, a ce ton naïf qui finalement l'affranchit d'une certaine lourdeur. Le propos écologiste demeure, et c'est bien normal, mais il ne prend pas non plus le pas sur ce qu'on pourrait qualifier de formidable film d'aventure au milieu la nature, constitué par des saynètes au sein de chaque caste animale. En cela, le film est résolument impressionnant, car l'illusion des images, parfois (forcément) mise en scène est impeccable. Les jeux sur la réalisation et le montage sont exemplaires. C'est une belle épopée qui ne trahit un aveu de faiblesse que dans sa toute fin, inévitablement prévisible. Enfin, il n'en reste pas moins une balade sauvage des plus revivifiantes, en compagnie d'une musique de Bruno Coulais des plus sympathiques, même si l'on aurait bien volontiers imaginé sur ces images les puissantes notes de L'Ours de Phillipe Sarde.


Mr. Holmes, de Bill Condon (2015)

Voilà un bel exemple de beau classicisme à l'anglaise. Si l’œuvre de Conan Doyle a été retournée dans tous les sens, à toutes les sauces et toutes les cuissons, c'est finalement avec la plus grande simplicité que Bill Condon tire son épingle du jeu dans Mr. Holmes. Point d'enquête alambiquée ou de personnages exubérants, place à un simple drame intime sur fond de vieillesse et d'oubli. Dans un touchant jeu de remise en perspective de Holmes face à son propre mythe, parfois mensonger, le film taille superbement, mais toujours très discrètement, un très bel enjeu émotionnel. La construction avec les flashbacks, moins lourde qu'il ne paraît apriori, sert encore une fois toute la dramaturgie de son protagoniste principal, passionnant. Il en va ainsi de ressaisir un passé qui s'échappe, enfoui sous les strates des romans mythomanes ou tout du moins "légendarisés" de Watson, ou encore de l'amitié avec de dernier, toujours hors-champ, hors-film, comme un souvenir à moitié évanoui, encore vaguement palpable. Impossible de tarir d'éloges à propos de Ian McKellen qui parvient à constamment évacuer tout le misérabilisme de sa condition. C'est un film doux et bienveillant, qui se digère avec un plaisir des plus simples, accompagné par les délicates notes de haut-bois de Carter Burwell.


Le Garçon et la Bête, de Mamoru Hosoda (2015)

C'est là mon premier film de Mamoru Hosoda, et lorsque je consulte d'autres avis, il faut croire que je suis sensiblement plus généreux à son égard par ma méconnaissance de son auteur. Le Garçon et la Bête exploite une fois de plus une thématique que j'aime, le voyage initiatique à travers un rapport d'élève et de maître. L'émotion construite autour des divers personnages fonctionne totalement, tous sont très attachants. Bien que le schéma d'écriture soit simple, voire simpliste, le film poursuit un cours extrêmement agréable jusqu'à son dernier tiers, en revanche plus en demi-teinte. Cette overdose de spectaculaire dans le final trahit peut-être ladite simplicité qui lie les protagonistes et définit leurs sentiments ; c'est aussi par là que passait la beauté du film. Ce que le film aborde à propos du vide intérieur (littéralement) et de la recherche de soi pourrait être passionnant si cela n'était pas aussi démonstratif. Alors, ce qui aurait dû être alors le paroxysme émotionnel du film s'effondre sensiblement comme un flan, de manière très dommageable. Mais la beauté du reste demeure et guide malgré tout mon enthousiasme à son sujet. Un film, finalement, à l'image de cette Bête : très imparfait, malgré tout attachant.


The Revenant, d'Alejandro González Inárritu (2015)

Voilà un film qui représente un colossal dilemme pour moi : il synthétise quasiment tout ce qui peut m'attirer dans le cinéma américain contemporain, en thèmes, en fond, en forme... Et pourtant, quelque chose se brise dans The Revenant, quelque chose est dysfonctionnel. C'est un film complexe à vitesse multiples, partiellement fabuleux, partiellement raté. Il est sans doute possible de voir les germes de certains des défauts du film au niveau du délire égotique qu'il représente, constamment conçu comme une performance de dépassement humain comme technique. C'est impressionnant autant que c'est barbant, finalement. Évidemment, il y a de quoi tomber quatre fois à la renverse face à la nouvelle collaboration entre Inárritu et Lubezki, mais il semblerait que la volonté de l'auteur mexicain d'accomplir une sorte de paroxysme de la forme va finalement à l'encontre de son film. Le sujet de The Revenant, traversant la culture de la violence, la bestialité et la destruction du Nouveau Monde est certainement passionnant, et pourtant pas pleinement traité. Ce sont des éléments qui flottent autour du film, qui participent à la création de son contexte, mais l'enjeu d'Inárritu est ultimement plus simple autour de cette histoire de vengeance. Pourquoi pas, après tout ? Mais le film est alors trop glouton pour pouvoir le supporter, deux heures et demi durant. Autant de temps à trouver que les plans sont remarquablement bien fichus, alors que l'on s'identifie davantage à la caméra plutôt qu'à un regard plus humain. La simplicité du Convoi sauvage de Sarafian manque finalement à ce projet complètement démentiel. Paradoxalement, c'est aussi ce qui le rend passionnant à comprendre, pendant que l'on est abasourdi et illuminé devant cette grosse machine virtuose qui tourne finalement à vide.


Avé César, de Joel & Ethan Coen (2016)

Si j'aime beaucoup les Coen, je n'apprécie pas nécessairement grandement tous les films de leur période contemporaine ; ceci dit, aucun doute sur le fait qu'ils demeurent des auteurs passionnants. Avé César peut s'apparenter en quelques sortes à un volet supplémentaire de la saga des idiots, mais c'est aussi un peu plus que cela. Cette introspection cynique sur Hollywood est éventuellement le prétexte à un délire cinéphile : la reconstitution fantasmée, à travers des saynètes, des genres qui constituent l'essence de cette ère classique. Dans cet ubuesque voyage, aux côtés du génial Josh Brolin, les Coen approchent des thématiques capitales, évidemment dans la conception du cinéma en lui-même comme industrie prostituée pour le public, mais aussi vis-à-vis de la politique au sein de ces studios, à travers l'homosexualité ou le communisme. Il faut cependant accepter que tout ceci ne soit que caressé en surface, le film étant ultimement amené à tourner à vide, suivant un fil rouge peu palpitant. Il est sûrement noble de la part des auteurs de refuser l'éventuel manque de fond de l'exercice de style pur et dur, mais c'est également dommageable vu le déséquilibre que cela entraîne dans le film. Un comble, d'ailleurs, quand même la photographie de Roger Deakins n'est pas excessivement notable, prétextant le pastiche pour détourner avec une fadeur relative l'esthétique de l'ère classique. Il est toujours possible d'épiloguer sur les nombreuses autres qualités du film, parmi ses acteurs ou même l'écriture de certaines séquences (dont, forcément, la rencontre entre les représentants des différentes confessions), mais c'est également se rappeler son certain déséquilibre entre concept et travail de fond.


High Rise, de Ben Wheatley (2016)

Le nouveau film de Ben Wheatley devrait être une réussite exemplaire et pourtant quelque chose cloche. C'est étrange. La fable dystopique High Rise a presque tout pour elle : l'adaptation d'un solide matériau et le sens du scénario, un casting de choix savamment dirigé (même - et surtout - Luke Evans), une réalisation sans doute maîtrisée... Mais au milieu de toutes ces qualités, de manière presque indicible, il y a une fracture qui rend le film laborieux et relativement raté. Il faut tout de même envisager qu'en fin de compte, Wheatley se soit égaré devant la densité de son sujet. C'est bien dommage car c'est aussi ce qui était intéressant, il ne s'agit pas platement d'une lutte de classes au sein d'une tour, de la révolte des étages inférieurs contre ceux supérieurs, mais la dissection de l'ensemble d'une société et de ses éléments sans que les uns soient plus valorisés que les autres. Le film ne semble hélas qu'à peine commenter le fond de ce qu'il adapte, ellipsant parfois sans doute trop, notamment dans un derniers tiers au montage (mais c'est sans doute voulu) chaotique. En marchant dans les traces de Cronenberg, Wheatley se vautre à moitié, mais ceci dit, en toute honnêteté, c'est aussi un bel effort qui peut être salué.

Fiche Cinelounge


Green Room, de Jeremy Saulnier (2015)

La violence est un cycle infernal que la société américaine ne manque pas de mettre à jour lors de chacune de ses ères. Green Room est l’un de ces nouveaux essais sur le thème, façon brut de décoffrage. Sans concessions, le solide exercice de style de Jeremy Saulnier porte pourtant les stigmates de cette nouvelle génération : la maîtrise du style devant la réelle interrogation du sujet, comme s’il ne s’agissait que d’un commentaire de l’œuvre des plus grands. Habile, mais risqué.


Critique à lire sur Filmosphere :
http://www.filmosphere.com/movies/green-room-jeremy-saulnier-2015


Le Livre de la jungle, de Jon Favreau (2016)

Il est assez intéressant de constater comment Disney parvient, d'une manière ou d'une autre, à tisser dans sa série de ré-adaptations de classiques des œuvres à moitié réussites car souvent prisonnières de l'ombre de l'originale, mais contenant des éléments de fond passionnants. C'était le cas de Cendrillon de Kenneth Branagh comme c'est ici le cas du Livre de la jungle de Jon Favreau. Passons d'emblée le problème principal, se résumant sans surprise à tout ce qui touche de près ou de loin au dessin-animé sorti en 1977. En revanche, quand le film s'en émancipe, il parvient à proposer un intérêt singulier. La relecture écologiste devient un thème fort, au centre de la compréhension "sociale" et politique de la jungle et du royaume de ces animaux numériques. Hélas, tout le film n'est pas de ce tonneau et parfois bien plus maladroitement écrit, mais il laisse au moins des pistes de réflexion pour justement ne pas le considérer comme un vulgaire produit intéressé. Un cas de figure finalement assez intrigant, d'autant plus renforcé par la mise en scène des plus honnêtes de Jon Favreau, d'autant plus en stéréoscopie native, fait assez rare pour le notifier. Même si peu convaincu pour l'instant, certainement un film à reconsidérer prochainement.

A noter ce très bon article du Nouvel Obs à propos du film et de l'anti-spécisme selon Hollywood.


Spotlight, de Thomas McCarthy (2015)

J'ai lu, à de nombreuses reprises, que le lauréat des Oscars Spotlight serait un nouveau Les Hommes du Président pour la génération contemporaine. Avant toute chose, dans ce cas-ci, j'encourage le revisionnage du film de Pakula afin de comprendre que ça n'est pas qu'une affaire de sujet mais aussi de traitement, à la fois de scénario et, plus encore, de cinématographie. Le film de Thomas McCarthy est sans doute ce que l'on peut assimiler à de l'académisme complet. Il a un sujet certes riche, mais n'en fait rien, la faute à l'absence de regard. Parmi toutes les thématiques que croisent l'affaire, au-delà même de la pédophilie au sein du clergé, rien n'est abordé : l'éthique journalistique est évacuée, le travail de recherche réduit à son minimum dans le mécanisme de scénario, la société américaine n'est pas réellement abordée. Le réquisitoire contre l'Eglise catholique paraît alors un peu désuet et unilatéral quand le problème de fond qui s'y cache n'est pas traité. La mollesse du regard épouse celle des acteurs, fades comme Rachel McAdams ou cabotinant désespérément comme Mark Ruffalo. Il faut tout de même noter l'excellent Liev Schreiber, tout en sobriété, qui se pose comme une rare qualité du film aux côtés de Stanley Tucci. Sans que ledit académisme soit répugnant comme il l'est par exemple The Imitation Game, il délivre simplement un film terriblement oubliable. Ou alors, tout au mieux, un film à lire.


Zootopie, de Byron Howard et Rich Moore (2016)

Lorsqu'un studio comme Disney se met à traiter directement de politique dans un film comme Zootopie, il faut prendre des pincettes. A travers un gentil détournement de l'utopie, le film se fend d'une sorte d'analyse sociétale sur fond de thématique communautariste. Vu l'actualité, pourquoi pas. Mais ce qu'il faut aussi voir, c'est à quel point la production chérit le système : Zootopie, c'est un film où le système est mis en péril par des nuisibles, et où il faut justement retrouver l'équilibre et le maintenir. Dans cette société utopiste qui prône naïvement "sois ce que tu veux être", aucun protagoniste ne semble réellement réfléchir, à tel point que l'innocente utopie prend parfois des allures de délire orwellien dans un univers où tout est formaté. Ceci dit, pas besoin de chercher bien loin les racines de cette politique, c'est là un pur produit Disney, sans auteur particulier derrière, écrit par son armée de mercenaires et validé par la tablée d’exécutifs. Je trouve cela extrêmement dérangeant, car sous prétexte d'un thème politique progressiste, le film défend des valeurs on-ne-peut-plus douteuses, garantissant l'hégémonie du système hollywoodien (par extension, américain) sur le monde. Il est toujours possible de se consoler avec le reste du film, correctement réalisé malgré la faiblesse de son écriture, aux gags inégaux mais parfois fonctionnel, pouvant faire alors office d'honnête divertissement, si jamais l'on ne perd pas de vue ce qui se cache derrière.


Triple 9, de John Hillcoat (2016)

Appréciant fortement John Hillcoat, je faisais partie des rares défenseurs des Hommes sans loi. Avec Triple 9, il laissait entrevoir la perspective d'un thriller d'action des plus énervés, un retour à l'essentiel du genre sous les traits d'une série B efficace. Bien que le film soit partiellement ceci, ça n'est hélas qu'un film bien moins ambitieux qu'on ne pouvait l'imaginer. Dans un premier temps, Hillcoat s'incruste dans la caste de réalisateurs prisonniers de l'influence de Heat dans une émule qui n'est pas des plus convaincantes, avant de s'embarquer dans une écriture en fin de compte beaucoup moins intéressante. Alors qu'il décrit éventuellement une société de violence au sein des communautés, comme en témoigne le générique, il passe progressivement à côté de son sujet, préférant s'orienter vers les clichés d'une histoire de mafia Russe et de policiers corrompus. Le film manque terriblement d'enjeux pour les protagonistes, et le réel "personnage" que devrait constituer la ville d'Atlanta n'existe pas vraiment, filmée comme Los Angeles. Cà et là quelques séquences demeurent réussies, comme l'intervention au milieu du métrage, mettant en scène Casey Affleck derrière son bouclier, rappelant à quel point Hillcoat peut être aussi un savant metteur en scène. L'ensemble manque ultimement de charme et d'ambiance, d'une touche d'originalité qui aurait pu le distinguer davantage de la masse constituée par le genre.


Au Nom de ma fille, de Vincent Garenq (2016)

Il semblerait que Vincent Garenq fasse tout de même constamment la même chose. Présumé coupable était agréable grâce à son ton très brut alors L'Enquête n'était qu'une laborieuse enquête sans intérêt. Au Nom de ma fille nage quelque part entre les deux mais prouve au passage la tendance de l'auteur à pas avoir quelque chose à apporter sur ses sujets. Le thème de l'indigné qui se dresse contre un système pourri est toujours agréable s'il n'est pas traité de manière unilatérale. Ici, le film évacue l'essentiel des questionnement moraux pour se focaliser, de manière assez manichéenne, sur un père qui rend justice lui-même. L'affaire en elle-même est intéressante, mais Garenq la retrace avec trop de sagesse. Encore une fois, on y place une star dans un rôle qui ne lui convient pas (Auteuil a 30 ans de trop dans certain passages) mais fort heureusement, le charismatique Sebastian Koch tire d'une manière ou d'une autre son épingle du jeu, même si jamais l'écriture ne prend la peine de réellement développer son personnage. Peut-être pas désagréable compte-tenu du précédent métrage de l'auteur, mais certainement très oubliable.


El Clan, de Pablo Trapero (2016)

Voilà un film que l'Argentine a certainement produit pour le marché international, vu le traitement conventionnel au possible qui s'applique sur l'intrigue. El Clan est donc un énième thriller sur fond de faits divers, alors que l'histoire en elle-même pouvait donner lieu à un film bien plus réfléchi comme reflet de sa société. En éculant les poncifs du genre, prétendus fonctionnel dans le cinéma américain, comme la figure paternel traitée en icône de parrain, Pablo Trapero oublie de raconter l'essentiel, ou plus exactement de raconter quelque chose. Le film semble en pilote automatique, à l'image de son montage, incrustant platement la bande-son des années 80 pour meubler l'ensemble. Tout le potentiel politique est finalement évacué dans un film peut-être tourné correctement, mais difficilement intéressant.


Creed : L'héritage de Rocky Balboa, de Ryan Coogler (2015)

Je me suis méfié dès le départ de Creed : L'héritage de Rocky Balboa, pour la simple et bonne raison qu'il poursuit la volonté d'Hollywood de ressucer platement ses franchises à succès, et plus encore à cause de Ryan Coogler, auteur du très discutable Fruitvale Station. Le film repose sur la facilité-même, se refusant tout challenge. Faisant du fils de d'Apollo Creed le héros de cette nouvelle quête de gloire, toute l'empathie est immédiatement biaisée. Alors que Rocky était un gentil vaurien se faisant tout seul, Creed est privilégié capricieux. Si le segment sur l'enfance difficile contient éventuellement du potentiel, le film l'annule plus tard, lorsque le jeune homme convainc Rocky de l'entraîner seulement parce que c'est le fils d'Apollo. Alors que le film de John G. Advilsen avait ses airs de fresque sociale estampillée Nouvel Hollywood, celui-ci tourne à vide et pêche dans le fond. Stallone, unique vecteur d'émotion du film, empêche toute réelle émancipation. Sans surprise, c'est un film qui s'aligne sur les standards du moment, faisant son succès commercial. Ryan Coogler n'y manque d'ailleurs pas, alignant sa mise en scène de la même manière, avec quelques longs plans répartis aléatoirement dans le film parce que c'est la mode. La mode, la mode, la mode. Mais où est la réelle proposition, dans tout ceci ? Cerise sur le gâteau : la musique de Ludwig Göransson, succédant tristement à Bill Conti, est d'une triste vulgarité qui n'est pas sans rappeler celle des productions Marvel.


Dalton Trumbo, de Jay Roach (2015)

L’industrie du cinéma américain a toujours eu un certain don pour faire office de cataplasme sur les plaies de l’histoire du pays. Avec le film Dalton Trumbo, évidemment, c’est Hollywood qui se regarde le nombril, mais plus exactement en y insérant un mea culpa faisant office de réhabilitation vis-à-vis du scénariste jadis placé sur la liste noire. Hélas, trois fois hélas, non seulement Trumbo a déjà été réhabilité, mais plus grave encore : le film élude complètement l’aspect politique de son sujet, trop concentré sur l’hagiographie d’un résistant.

Critique à lire sur Filmosphere :
http://www.filmosphere.com/movies/dalton-trumbo-jay-roach-2015


Deadpool, de Tim Miller (2016)

La cool-attitude est de retour ! Après les médiocres Gardiens de la Galaxie, c'est au soi-disant anti-héros très subversif Deadpool d'embrasser la recette à succès. Dans sa prétendue quête d'originalité, la production de la Fox recycle en réalité une énième fois les grands poncifs du genre entre une avalanche de second degré ne volant pas toujours bien haut. Pour être honnête, certaines blagues provoquent le sourire mais l'abus finit par lasser alors que le film ne propose vraiment rien et tourne complètement en rond. La pauvreté visuelle de l'ensemble ne dupe pas, certainement pas revue à la hausse par son réalisateur, Tim Miller, quelconque mercenaire embauché pour signer le produit. C'est presque dommage que Ryan Reynolds, surprenament inventif et audacieux dans The Voices, sombre de nouveau dans les travers du genre super-héroïque. Comme quoi, le concept ne suffit pas, et ni l'hémoglobine en images de synthèse ni le ton graveleux sur fond d'humour méta permettent de constituer un film réellement intéressant. Voilà qui aurait pu être un beau projet pour Sam Raimi.


Batman v Superman : L'Aube de justice, de Zack Snyder (2016)

Dans ma critique de Captain America : Civil War, je faisais mention de "blockbuster obèses". Le qualificatif est encore une fois ici tout indiqué tant le film de Zack Snyder s'inscrit dans la logique de ces super-productions accumulatives mais totalement désordonnées. Tout ce qui était balourd et crétin dans Man of Steel est transposé et démultiplié dans Batman v Superman. La symbolique ronflante de Snyder est au cœur du problème, persuadé de pouvoir faire un film réflexif combiné au délire pubère de super-héros se castagnant en faisant s'écrouler des immeubles. Là où il s'extirpe éventuellement de la masse des autres faiseurs, c'est que Snyder a des idées. Il en bombarde son film et son régulièrement toutes plus mauvaises les unes que les autres, mais font office d'un style qui souvent fait défaut aux autres productions, ce qui dans l'absolu est presque quelque chose de positif. Il est cependant dommageable que chaque embryon de bonne idée aboutisse à quelque chose de grotesque, que ce soit au niveau de l'idéologie du film comme du visuel ou de la construction scénaristique, finalement incohérente et peu crédible. Tout est prétexte à amener la destruction massive du dernier acte, comme une orgie visuelle doublée d'une cacophonie littéralement éprouvants à subir. Le plus malheureux est peut-être de sentir Ben Affleck coincé dans ce Bruce Wayne maladroitement écrit et donner la réplique à tout ce monde en roue libre. Un film crétin, mais avec des idées. Mais crétin quand même.


Jane Got a Gun, de Gavin Hood (2016)

Vu sa genèse résolument catastrophique, Jane Got a Gun a en effet tout pour être raté. Sans surprise, ça ne loupe pas et Gavin Hood livre un western d'une pauvreté totale, inintéressant aux yeux du genre, même compte-tenu de la pénurie actuelle. Le côté finalement assez simple de l'intrigue pouvait être une force, cette défense de domicile semblable au dernier acte de Josey Wayles, hors-la-loi (dont il s'inspire certainement), mais il aurait fallu que le film en tire un réel dynamisme capable de transcender cette simple idée. Rien ne prend car les personnages, malgré le background qu'impose le film dans ses lourds flashbacks, n'ont aucune consistance. Ce qui était un postulat simple devient finalement un traitement simpliste. Nathalie Portman, d'ailleurs productrice, porte le film comme elle peut, mais la piètre actrice qu'elle est ne suffit pas à compenser cet intégral et laborieux échec artistique. Dans sa mise en scène, Gavin Hood n'a pas une seule idée de plan original pour conférer une quelconque personnalité à son western, à croire que c'est un film fait avec le désintérêt le plus complet, à l'instar de Joel Edgerton et Ewan McGregor, absents devant la caméra. On pourrait naïvement croire que c'est néanmoins un essai bien tenté, que les circonstances ont fait péricliter, mais le scénario en lui-même est d'une telle pauvreté qu'il paraît difficilement concevable de pouvoir en tirer quoique ce soit.


10 Cloverfield Lane, de Dan Trachtenberg (2016)

Au royaume des fausses bonnes idées, les productions de J.J. Abrams semblent trôner. En fin de compte, il est assez curieux de vouloir étendre l'univers de Cloverfield, film-concept déjà oublié, à travers 10 Cloverfield Lane qui serait sans doute bien plus intéressant sans sa pauvre liaison. Le postulat est assez cliché en fin de compte, mais il y a aussi dans les bases du scénario la recette efficace. On pourrait presque fantasmer sur un remake presque apocalyptique de L'Obsédé de William Wyler. Ce huis-clos peu probant ressemble hélas davantage à un vague délire de jeune réalisateur de court-métrage. Le scénario, hélas revisité pour être formaté, manque complètement de substance, de profondeur, et façonne des personnages inintéressants. Le charmant casting constitué par John Goodman et Mary Elizabeth Winstead recèle une alchimie finalement trop légère pour entretenir la faiblesse de la tension. Ajoutez à cela une réalisation des plus anonymes et un ton qui se croît malin, vous obtenez une production sans envergure, à être très prochainement oubliée.


Captain America : Civil War, de Joe et Anthony Russo (2016)

Dans la jungle débilitante du divertissement contemporain, l’heure est à l’entassement. Hollywood engendre des films obèses sous prétexte de générosité, chaque suite ou spin-off en rajoutant une couche dans les informes univers partagés. Captain America : Civil War est un rayon de plus dans un supermarché déjà encombré, celui qui réunit dans la même promotion tous les produits les plus gras et indigestes avant le passage en caisse du consommateur bien heureux.

Critique à lire sur Filmopshere :
http://www.filmosphere.com/movies/captain-america-civil-war-anthony-joe-russo-2016


The Finest Hours, de Craig Gillepsie (2016)

Voilà une production Disney plutôt curieuse, ratée à presque tous les niveaux, à tel point qu'on se demande ce que l'entreprise vise. The Finest Hours est à inscrire dans le sympathique sous-genre qu'est le film de garde-côtes ou plus généralement de catastrophes maritimes, très prisés par les américains mais jamais franchement renouvelé depuis le très efficace En Pleine tempête de Wolfgang Petersen. Le film essaye de développer ses personnages, mais l'écriture est tellement plate que la tentative, certes louable, confère surtout un ennui des plus profonds dans l'attente des séquences d'action. C'est un film sans passion aucune, extrêmement mollement conçu. La seule bonne idée du film n'est exploitée hélas qu'un instant, en salle des machines avec Casey Affleck, représentée indépendamment du reste du navire, comme un huis-clos à part, sans vue vers l'extérieur, où le commandant n'est qu'une voix à l'interphone. Hélas le film ne poursuit pas dans cette direction et l'ensemble des évènements qu'il décrit est extrêmement conventionnel et déjà-vu. Le ton over-the-top global des aventures maritimes tue d'ailleurs la crédibilité du récit, devenu trop sensationnel sans avoir réellement les moyens ou le talent de le retranscrire. Un téléfilm du dimanche à 80 millions de dollars.


Gods of Egypt, d'Alex Proyas (2016)

On l'avait dûment attendu, le nouveau film d'Alex Proyas. Ratage cosmique et sans doute mémorable parmi les blockbusters contemporains, on en vient à se demander comment Gods of Egypt a pu être produit. De toute évidence, il ne ressemble ni à un film de Proyas, et n'a même pas un minimum de rigueur pour être assimilé à un film de producteur. C'est une interrogation. D'une laideur rare, entre ses décors vides en carton et ses effets spéciaux non finalisés, le film est un accident intégral. Il serait homérique de chercher à recenser tout ce qui ne va pas dans les deux heures du métrage, mais le paroxysme est certainement atteint avec les séquences de Râ et son pédalo des étoiles, permettant de contempler la détresse complète dans les yeux de son interprète, le pauvre Geoffrey Rush. La mythologie égyptienne est tellement incomprise par tous ces gens qui s'en moquent que le film surfe de la sorte entre le risible et le déplacé. Les situations de comique involontaire sont multipliées à l'extrême, permettant à Alex Proyas de constituer malgré lui un authentique nanar moderne. On a aussi de la peine pour Marco Beltrami, engagé dans cette galère cosmique, recyclant étrangement la tonalité de la partition du Masque de Zorro de James Horner. Bon, après tout, nous ne sommes plus à cela près. Édifiant.